Votre chat garde un œil mi-clos depuis ce matin, et une trace humide marque le coin interne de sa paupière. Quand on constate que mon chat a un œil qui pleure, la première réaction est souvent de chercher à nettoyer, voire de patienter. Le larmoiement (épiphora) est pourtant un signal que l’œil se défend contre une agression, et la nature de l’écoulement oriente déjà vers des causes très différentes.
Écoulement clair, épais ou coloré : ce que les larmes de votre chat révèlent
Avant de penser aux causes, regardez la consistance du liquide. Un écoulement transparent et fluide traduit en général une irritation mécanique ou une allergie. L’œil produit davantage de larmes pour expulser un corps étranger ou diluer un allergène.
Un écoulement jaunâtre, verdâtre ou collant indique une infection bactérienne en cours. Les paupières peuvent être collées au réveil, et la conjonctive apparaît rouge ou gonflée.
Troisième cas : des croûtes brunes ou rougeâtres sous l’angle interne de l’œil, sans rougeur ni gonflement. Cela correspond souvent à un problème de drainage du canal lacrymal, fréquent chez les races à face aplatie comme le Persan. Les larmes s’écoulent normalement, mais la voie lacrymale, trop étroite ou obstruée, ne les évacue pas vers les cavités nasales.
La couleur et la texture de l’écoulement orientent le diagnostic bien avant toute consultation. Notez ces détails pour les décrire au vétérinaire.
Mon chat a un œil qui pleure : les causes fréquentes à connaître
Le coryza félin, cause numéro un chez le chat non vacciné
Le coryza est un syndrome provoqué par plusieurs agents infectieux agissant ensemble : herpèsvirus félin (FHV-1), calicivirus, et des bactéries comme Chlamydophila ou Mycoplasma. Un chat atteint présente des écoulements oculaires souvent épais et purulents, des éternuements, parfois de la fièvre et des ulcères buccaux.
Chez les chatons ou les chats immunodéprimés, le coryza peut devenir grave. La vaccination reste le moyen le plus efficace de prévention. Un chat correctement vacciné peut tout de même développer des symptômes légers, mais le risque de complications oculaires sévères diminue fortement.
Conjonctivite isolée
La conjonctive, cette membrane qui tapisse l’intérieur des paupières, peut s’enflammer seule. L’œil devient rouge, larmoyant, et le chat cligne fréquemment. Une poussière, un courant d’air froid, un produit ménager vaporisé à proximité suffisent à déclencher une conjonctivite. Elle touche parfois un seul œil, parfois les deux.
Corps étranger ou traumatisme
Un brin d’herbe, un grain de sable, une griffure reçue lors d’une bagarre entre chats : tout corps étranger coincé sous la paupière provoque un larmoiement intense. Le chat se frotte la face, garde l’œil fermé, et l’écoulement est d’abord clair avant de devenir purulent si une infection s’installe.
Atteinte de la cornée
La cornée est la couche transparente qui recouvre l’iris. Un ulcère cornéen (érosion de surface) provoque une douleur vive, un larmoiement abondant et une sensibilité à la lumière. Le chat plisse l’œil en permanence. Sans traitement, un ulcère peut s’aggraver et menacer la vision.

Herpèsvirus félin et rechutes : une particularité méconnue du larmoiement chronique
Vous avez déjà remarqué que certains chats ont les yeux qui pleurent de façon récurrente, sans cause apparente à chaque épisode ? L’herpèsvirus félin (FHV-1) en est souvent responsable.
Une fois infecté, le chat reste porteur à vie. Le virus se « cache » dans les cellules nerveuses et se réactive lors de périodes de stress, de fatigue ou de baisse immunitaire. Chaque réactivation peut provoquer un épisode de larmoiement, de conjonctivite, voire d’ulcère cornéen.
Des données récentes montrent que des collyres antiviraux comme le ganciclovir ou le cidofovir offrent des résultats prometteurs sur les lésions oculaires liées au FHV-1. Le ganciclovir en gel ophtalmique appliqué trois fois par jour a montré une efficacité clinique comparable au famciclovir oral dans un essai randomisé.
Le cidofovir en solution à faible concentration, appliqué deux fois par jour, a permis de réduire significativement la charge virale oculaire en collectivité féline. Ces traitements ne sont pas en vente libre et sont prescrits par un vétérinaire ophtalmologiste, souvent après échec des traitements de première ligne.
Leur existence change la donne pour les chats souffrant de rechutes fréquentes, car elle réduit la durée des crises et le risque de lésions cornéennes permanentes.
Soins oculaires à la maison : les bons gestes et les erreurs à éviter
Avant toute consultation, vous pouvez nettoyer l’œil de votre chat pour le soulager et limiter la surinfection. Voici les étapes à suivre :
- Lavez-vous les mains, puis imbibez une compresse stérile (pas de coton, qui laisse des fibres) de sérum physiologique à température ambiante.
- Maintenez doucement la tête du chat et passez la compresse du coin interne vers le coin externe de l’œil, en un seul mouvement. Utilisez une compresse propre pour chaque œil.
- Répétez le nettoyage deux à trois fois par jour si l’écoulement est abondant, en changeant de compresse à chaque passage.
- Observez l’évolution sur un à deux jours maximum. Si l’écoulement persiste, change de couleur ou s’accompagne d’autres symptômes (éternuements, œil fermé, perte d’appétit), consultez un vétérinaire sans tarder.
Ne mettez jamais de collyre humain dans l’œil de votre chat. Certains principes actifs (anti-inflammatoires, corticoïdes) sont contre-indiqués chez le chat et peuvent aggraver un ulcère cornéen non diagnostiqué. Un collyre à base de cortisone appliqué sur un ulcère risque de provoquer une perforation de la cornée.
De même, évitez les infusions de camomille ou l’eau du robinet. Le sérum physiologique stérile reste la seule option sûre en attendant l’avis du vétérinaire.

Quand consulter un vétérinaire pour un œil qui pleure
Tous les larmoiements ne justifient pas une visite en urgence. Un écoulement clair et léger, chez un chat vif et qui mange normalement, peut être surveillé un jour ou deux avec un simple nettoyage au sérum physiologique.
En revanche, certains signes imposent une consultation rapide :
- L’œil reste fermé ou le chat refuse de l’ouvrir, même dans la pénombre.
- L’écoulement devient jaune, vert ou sanguinolent.
- La cornée paraît voilée, bleutée ou présente un point blanc.
- Le chat se frotte l’œil de manière compulsive ou présente un gonflement visible de la paupière.
- Des symptômes généraux accompagnent le larmoiement : fièvre, éternuements répétés, perte d’appétit, abattement.
Le vétérinaire dispose d’outils de diagnostic spécifiques. Le test à la fluorescéine, un colorant appliqué sur la cornée, révèle les ulcères invisibles à l’œil nu. La mesure de la pression intraoculaire permet d’écarter un glaucome. Ces examens sont rapides et peu invasifs.
Résistance aux antibiotiques : un enjeu pour les traitements oculaires
Les infections oculaires bactériennes chez le chat se traitent habituellement par collyre antibiotique. Des données récentes documentent une montée de la résistance aux antibiotiques dans les infections oculaires des animaux de compagnie. Cela signifie que certains collyres antibiotiques courants perdent en efficacité.
En pratique, cela renforce l’importance de ne pas utiliser d’antibiotique sans prescription. Un antibiogramme (test de sensibilité des bactéries) peut être réalisé par le vétérinaire pour choisir la molécule la plus adaptée, surtout en cas d’infection récidivante ou résistante au premier traitement.
Coût d’une consultation et des soins oculaires chez le chat
Le prix d’une consultation vétérinaire classique varie selon la région et le cabinet. Le test à la fluorescéine et l’examen ophtalmologique de base sont généralement inclus dans la consultation ou facturés en supplément modéré.
Un traitement simple (collyre antibiotique ou antiviral prescrit) représente un budget limité. En revanche, si le diagnostic nécessite des examens complémentaires (prélèvements bactériologiques, antibiogramme) ou une orientation vers un vétérinaire ophtalmologiste, la facture peut augmenter sensiblement.
Une assurance santé animale peut couvrir une partie de ces frais, selon le contrat souscrit. Vérifiez les conditions de prise en charge avant la consultation, car certaines formules excluent les affections oculaires chroniques ou les rechutes liées au FHV-1.
Un œil qui pleure chez le chat n’est jamais anodin, même quand l’écoulement semble bénin. Le nettoyage au sérum physiologique soulage, mais ne remplace pas un diagnostic. La nature de l’écoulement, sa durée et les symptômes associés déterminent s’il faut patienter ou consulter. Mieux vaut un examen rapide qu’un ulcère cornéen découvert trop tard.

